Alain-Fournier

AFdanssonbureau1913Henri-Alban Fournier est né à La Chapelle-d’Angillon, chef-lieu de canton du département du Cher, à 32 km au nord de Bourges. Son père, Augustin Fournier (1861-1933), habituellement appelé Auguste, jeune instituteur, vient d’être nommé à Marçais, où le petit Henri vit ses cinq premières années. Sa mère, Marie-Albanie Barthe (1864-1928) est également institutrice. L’essentiel de son enfance se passe à Épineuil-le-Fleuriel, tout au sud du département. Il y sera, sept ans durant, l’élève de son père et aura pour compagne de jeux et de lectures sa sœur Isabelle (1889-1971).

Dans une lettre à ses parents du 20 mars 1905, évoquant « la classe où entraient […] tout le soleil doux et tiède de cinq heures, toute la bonne odeur de la terre bêchée », il ajoute : « Tout cela, voyez-vous, pour moi c’est le monde entier ». Les trois quarts des chapitres de son futur roman auront pour cadre « Sainte-Agathe » et ses environs qui ressemblent à s’y méprendre au petit village de son enfance heureuse.

À douze ans, Henri part pour Paris, où il commence ses études secondaires au lycée Voltaire, récoltant presque tous les prix. Rêvant d’« être marin pour faire des voyages », il convainc ses parents, en septembre 1901, d’aller à Brest préparer le concours d’entrée à l’École navale : l’expérience sera trop rude et il y renonce quinze mois plus tard. C’est au lycée de Bourges qu’il prépare le baccalauréat ; il l’obtient, sans mention, en juillet 1903.

Comme beaucoup de jeunes provinciaux, comme Péguy et Giraudoux avant lui, il va poursuivre des études supérieures de lettres au lycée Lakanal, à Sceaux – « l’internat des champs » –, puis au lycée Louis-le-Grand de Paris, où il prépare le concours d’entrée à l’École normale supérieure. C’est au lycée Lakanal qu’il rencontre Jacques Rivière avec lequel il se lie d’une amitié profonde. Celui-ci étant reparti à Bordeaux en 1905, il entretient avec lui une correspondance presque quotidienne qui sera publiée en 1928. Jacques Rivière épousera sa jeune sœur, Isabelle, en 1909.

Le 1er juin 1905, jour de l’Ascension – il a dix-huit ans –, il croise, à la sortie d’une exposition de peinture au Grand Palais, une grande et belle jeune fille, qui lui dira son nom dix jours plus tard : Yvonne de Quiévrecourt (1885-1964). Mais cet amour est impossible : Yvonne épousera, l’année suivante, un médecin de marine, Amédée Brochet, avec postérité. Bouleversé par cette brève rencontre, Fournier ne cessera, huit années durant, de penser à la jeune femme et de l’évoquer dans sa correspondance. Il s’en inspirera pour le personnage d’Yvonne de Galais dans Le Grand Meaulnes.

Après son échec à l’oral de Normale en juillet 1907, il effectue son service militaire d’octobre 1907 à septembre 1909, d’abord à Vincennes et dans diverses casernes de Paris, de Vanves et de Laval, puis comme sous-lieutenant de réserve au 88e Régiment d’Infanterie à Mirande (Gers). Libéré à l’automne de 1909, il ne reprend pas ses études, mais est engagé comme chroniqueur littéraire à Paris-Journal en 1910. Il commence à publier quelques poèmes, essais, ou contes, qui connaissent quelque succès. Il rencontre alors plusieurs grands peintres et écrivains de son temps : Maurice Denis, André Gide, Paul Claudel, André Suarès et Jacques Copeau, et se lie d’une grande amitié avec Charles Péguy et Marguerite Audoux. Mais surtout il élabore lentement l’œuvre qui le rendra célèbre : Le Grand Meaulnes, paru en novembre 1913 chez Émile-Paul. Ce roman manquera de peu le prix Goncourt, mais sera salué presque unanimement par la critique de l’époque.

Le 5 mai 1912, présenté par Charles Péguy, il devient secrétaire de Claude Casimir-Perier, fils de l’ancien président de la République et l’aide à mettre au point un gros ouvrage Brest, port transatlantique qui sera publié en avril 1914 chez Hachette. Il fréquente dès lors l’épouse de celui-ci, Pauline Benda, célèbre au théâtre sous le nom de Madame Simone et lui rend de multiples services. Simone révèlera en 1957 la liaison passionnée, souvent orageuse, qu’elle a eue, à partir de juin 1913, avec le jeune écrivain, de neuf ans son cadet, dans son livre Sous de nouveaux soleils (Gallimard). Alain-Fournier est fréquemment reçu dans leur propriété de Trie-la-Ville, où sont également accueillis Charles Péguy ou Jean Cocteau. C’est sous les arbres du parc du château de Trie que Fournier écrira, en 1914, plusieurs chapitres de son second roman qu’il appelle alors « Colombe Blanchet », mais qu’il ne pourra achever avant la déclaration de guerre. La correspondance des deux amants a été publiée en 1992, présentée et annotée par Claude Sicard.

Durant cette même année 1913, qui voit, en juin, le début de sa liaison avec Pauline Benda-Perier – Madame Simone, Fournier rencontre pour la seconde fois Yvonne de Quiévrecourt. Les chastes retrouvailles ont lieu au cours de l’été, sans doute du 1er au 4 août 1913, à Rochefort-sur-Mer, où la jeune femme, mère de deux enfants, est de passage chez ses parents. Le jeune homme est bouleversé — des notes sur un petit carnet noir en témoignent — mais sa vie sentimentale a pris désormais irrévocablement une direction nouvelle. Il échangera encore quelques lettres avec Yvonne de Quiévrecourt, mais ne la reverra pas.

Lieutenant de réserve, mobilisé le 2 août 1914, Alain-Fournier part de Cambo dans le Pays basque, où il était en vacances avec Simone, pour rejoindre son régiment, le 288e régiment d’infanterie à Mirande ; il est affecté à la 23e compagnie. Partis d’Auch en train jusqu’au camp de Suippes, ses hommes et lui rejoignent le front après une semaine de marche jusqu’aux environs d’Étain. Avec sa compagnie, il participe ensuite à plusieurs combats meurtriers autour de Verdun.

Le 22 septembre, un détachement de deux compagnies, la 22e, commandée par le lieutenant Paul Marien et la 23e, commandée par le lieutenant Fournier reçoit l’ordre d’effectuer une reconnaissance offensive sur les Hauts-de Meuse, en direction de Dommartin-la-Montagne, à vingt-cinq kilomètres au sud-est de Verdun. Si l’on doit en croire les témoignages postérieurs, assez divergents, du sergent Zacharie Baqué et du soldat Laurent Angla, Fournier et ses hommes parviennent jusqu’à la Tranchée de Calonne où ils sont rejoints par le capitaine de Grammont qui prend la direction des opérations et décide d’attaquer l’ennemi. Entendant des coups de feu, ils veulent rejoindre la 22e compagnie de Marien qui s’est trouvée face à un poste de secours allemand et a ouvert le feu. Après avoir fait quelques prisonniers, ils sont pris à revers par une compagnie prussienne à la lisière du bois de Saint-Rémy et décimés par la mitraille. Trois officiers (dont Alain-Fournier) et dix-huit de leurs hommes sont tués ou grièvement blessés, tandis que Marien et le reste du détachement parviennent à se replier. Sur le Journal de marche et d’opérations du 288e R.I., trois officiers, un sergent et dix-huit soldats des 22e et 23e compagnies sont portés « disparus » au « combat de Saint-Rémy, du 21 au 30 septembre ».

S’il faut croire certaines sources, la patrouille dont Alain-Fournier faisait partie avait reçu l’ordre de « tirer sur des soldats allemands rencontrés inopinément et qui étaient des brancardiers », et avait obéi, ce que les Allemands auraient considéré comme un crime de guerre. Selon Gerd Krumeich, professeur à l’Université de Düsseldorf, il est exact que la patrouille d’Alain-Fournier attaqua une ambulance allemande, mais il est difficile d’établir les faits précis.

La disparition du lieutenant Fournier, rapportée par la presse, impressionna fortement ses contemporains, bien qu’il n’ait été officiellement déclaré « mort pour la France » qu’en juin 1920. Il fut ensuite décoré de la Croix de guerre avec palme, et nommé chevalier de la Légion d’honneur à titre posthume.

Le lieu exact de sa sépulture demeura inconnu pendant plus de trois quarts de siècle ; son corps et ceux de ses vingt compagnons d’arme, originaires, pour la plupart, de la région de Mirande, ne furent retrouvés et identifiés que le 2 mai 1991, par un habitant du pays, Jean Louis, dans une clairière du Bois de Saint-Remy. Ils avaient été enterrés dans une fosse commune creusée par l’armée allemande, tout près sans doute du lieu du combat. Après une fouille archéologique méthodique et un examen approfondi des squelettes en laboratoire, ils furent ré-inhumés solennellement dans la nécropole nationale de Saint-Remy-la-Calonne.

La légende d’un écrivain mort pour la France en pleine jeunesse, après avoir écrit un seul roman, a sans doute contribué à assurer la fortune littéraire d’Alain-Fournier. Son nom figure sur les murs du Panthéon de Paris dans la liste des écrivains morts au champ d’honneur pendant la guerre 1914-1918.

Alain-Fournier est généralement considéré comme l’auteur d’un seul livre : son roman Le Grand Meaulnes publié en 1913, alors qu’il avait vingt-sept ans, n’est pourtant pas son seul écrit. C’est d’abord par des poèmes en vers libres qu’Henri Fournier manifeste à partir de l’été 1904 – il a dix-sept ans – son désir de devenir écrivain. Quelques-uns de ces premiers poèmes et nouvelles ont été publiés de son vivant dans diverses revues, connaissant un certain succès ; avec la plupart des autres, ils furent rassemblés en 1924, par son beau-frère Jacques Rivière chez Gallimard, sous le titre Miracles. Dès le 13 août 1905, au cours de son séjour à Londres, Henri Fournier déclarait, dans une lettre à son ami Jacques, former un autre projet, celui d’être romancier, à la manière de Dickens. Et sans doute peut-on dater de cette époque les toutes premières ébauches du Grand Meaulnes.

Résumé du Grand Meaulnes

C’est « l’aventure » d’Augustin Meaulnes, racontée par un narrateur d’abord anonyme, ensuite nommé François Seurel, François et Augustin sont tous deux élèves du Cours supérieur à Sainte-Agathe, un village proche des bords du Cher, de Vierzon et de la Sologne. Lors d’une fugue, Augustin Meaulnes arrive par hasard dans un domaine mystérieux et ruiné où se déroule une « fête étrange », pleine d’enfants qui y font la loi. Le château est bruissant de jeux, de danses et de mascarades.

eaulnes apprend que cette fête est donnée à l’occasion des noces de Frantz de Galais. Au cours d’une promenade en barque sur l’étang, Meaulnes rencontre une jeune fille dont il tombe aussitôt amoureux. Il ne fait cependant que la croiser et apprendre son nom : Yvonne de Galais ; la fiancée attendue s’est enfuie, le mariage n’a pas lieu et la fête prend tristement fin.

Revenu à sa vie d’écolier, Meaulnes n’a plus qu’une idée en tête : retrouver « le domaine mystérieux » et la jeune fille qu’il aime. Ses recherches restent infructueuses, malgré l’aide d’un jeune bohémien qui s’avère être Frantz. Il s’en va étudier à Paris où il se lie à Valentine, qui n’est autre – il le découvrira trop tard – que l’ancienne fiancée de Frantz. De son côté, François Seurel, devenu instituteur, retrouve la jeune châtelaine et en apporte « la grande nouvelle » à Augustin.

Après une « partie de plaisir » et de longues fiançailles, le mariage a lieu, mais le jeune homme s’enfuit dès le lendemain pour accomplir la promesse faite à Frantz et réparer sa faute. Quand il revient au Domaine, sa jeune femme est morte en couches, et le narrateur imagine qu’il va repartir, avec sa petite fille « pour de nouvelles aventures ».

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